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Le regret après stérilisation
Cl. Sureau
Paris


Un jour, peut-être, la révision de l’article 16.3 du code civil ouvrira-t-elle la voie à une stérilisation fondée non plus sur une hypothétique situation médicale mais sur une décision s’inscrivant dans le cadre de la loi Neuwirth de 1967.

Dans cette attente, il n’est pas inutile d’observer les résultats de l’attitude américaine qui, comme on le sait, est plus attachée au respect de l’autonomie – c’est-à-dire de la liberté individuelle – qu’à celui de l’indisponibilité du corps humain.

À titre indicatif, on notera que la stérilisation est, aux États-Unis, la méthode contraceptive la plus utilisée : 600 000 femmes choisissent celle-ci chaque année. Ainsi, 10 millions d’Américaines sont-elles stérilisées.

D’où l’intérêt de cette étude de cohorte qui concerne 11 232 femmes et leurs regrets éventuels au cours des 14 ans suivant la stérilisation qui a eu lieu entre 1978 et 1987. Les résultats sont assez clairs.

La probabilité cumulée de regrets est de 20,3 % chez les femmes âgées de 30 ans ou moins lors de la stérilisation et de 5,9 % pour les femmes plus âgées (risque relatif 1,9).

Il n’y a pas de différence en fonction du moment de la stérilisation par rapport à l’accouchement ni du mode de celui-ci, césarienne ou voie basse. On note également, chez les femmes de 30 ans et moins, une baisse de la fréquence du regret au fur et à mesure de l’écoulement du temps.

Un aspect non dénué d’intérêt de cette étude est la satisfaction des auteurs devant le fait que la plupart des femmes (80 à 94 %) ne regrettent pas la stérilisation, équilibrée par la révélation d’une surprise un peu naïve devant ce taux de 20 % de regrets des femmes jeunes.

Doit-on déduire de cet état de choses qu’il est préférable de substituer le respect de la loi à la liberté de décision et que c’est le rôle de l’État de faire le bonheur des individus, éventuellement malgré eux (tout au moins de 6 à 20 % d’entre eux au détriment de 80 à 94 % restants) ? Cette question, très franco-française, n’est pas venue à l’esprit des auteurs américains. Ils ont néanmoins conclu en affirmant le rôle du counselling avant la stérilisation – c’est-à-dire in fine – du rôle du corps médical. C’est là en tout cas une idée qui pourrait intéresser le législateur français.

Reste à souligner un point omis dans cet article, la raison de cet engouement américain pour la stérilisation : n’est-elle pas liée à son coût inférieur à celui d’une contraception de longue durée ?


EN PRATIQUE : L’Amérique, où aucune loi ne régule l’accès à la stérilisation, et où le nombre de femmes stérilisées est de l’ordre de 600 000 par an, fournit un champ d’investigations intéressant pour analyser l’éventualité du regret après stérilisation.

Celui-ci dépend de l’âge lors de la stérilisation : 5,9 % au-dessus de 30 ans, 20,3 % jusque-là.

Il y a donc une large majorité de satisfaites. Le taux de 20,3 % de regrets chez les femmes jeunes confirme la notion de prudence avec laquelle le corps médical doit envisager la stérilisation dans ces conditions. Déterminer s’il justifie une attitude restrictive fondée sur le respect d’un article du code civil est un autre problème.

   

Hillis SD, Marchbanks PA, Tylor LR et al. Obstet Gynecol 1999 ; 6 : 889-95.


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